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Accueil > L'actualité > Revue de presse > 29 juillet 2014

Devant un hangar de l’aéroport d’Antananarivo, Herinirina attend le corps de sa femme qui arrive d’Arabie saoudite. Elle faisait partie des nombreuses domestiques malgaches qui disent avoir été réduites en esclavage dans le Golfe.

Comme des dizaines de milliers de Malgaches depuis une quinzaine d’années, Solange, 34 ans, avait quitté Madagascar pour travailler dans une famille. Elle est morte le 26 janvier, moins d’un an après son arrivée, d’un arrêt cardiaque sans cause apparente selon le rapport médical saoudien qui cite «la volonté de Dieu». Pourtant, elle avait lancé un appel de détresse un mois avant sa mort.

«Lors du dernier contact téléphonique, elle a dit: Je ne sais pas où je suis, ni quelle est mon adresse. Je ne serai bientôt plus parmi vous, prenez soin de nos deux enfants», explique à l’AFP Herinirina, qui a porté plainte.

«Madagascar est un exemple parmi d’autres en Afrique», note le porte-parole de l’Organisation Internationale du Travail à Genève, Hans von Rohland, «un rapport récent de l’OIT sur l’Ethiopie montre que le trafic d’Ethiopiens vers le Moyen Orient et le Soudan est un phénomène important.»

Plus largement, le Bangladesh, l’Indonésie, le Sri Lanka, les Philippines ou le Népal fournissent des milliers d’ouvriers ou d’employés de maison aux pays du Golfe. Et les organisations de défense des droits de l’homme dénoncent régulièrement mauvais traitements et même tortures.

«Mon patron m’a jeté du Clorox (un produit ménager, ndlr) et de l’acide sur les yeux. J’ai dit à ma patronne que je voulais aller à l’hôpital, mais elle n’a pas voulu et a dit qu’il fallait que je travaille, que je le veuille ou non, malade ou pas», raconte ainsi Zitale Nirina, 39 ans, revenue à Madagascar. «Je commençais le travail à 06H00, je déjeunais à 15H00 et je me couchais à 02H00 du matin.»

«On me traitait comme une esclave, comme un chien. Mon patron me disait: Vous, les domestiques, vous êtes comme des ordures pour nous», ajoute Annick, 20 ans, revenue du Koweït.

Le gouvernement malgache a décidé l’an dernier de suspendre l’envoi de travailleurs migrants dans les pays «à risque», mais un réseau d’agences de recrutement continue d’envoyer des domestiques en toute impunité. Moins massivement.

Sur 52 agences jointes par l’AFP, 21 ont fermé mais 8 proposent toujours des départs vers les pays interdits.

Le responsable de l’une d’entre elles propose de faire travailler des femmes au Liban, un pays interdit depuis 2011 car de nombreux cas de mauvais traitements ont été enregistrés. Il assure --sous couvert de l’anonymat-- que «les patrons sont gentils»et demande aux candidates au départ de «donner à la police de l’aéroport entre 100.000 et 120.000 ariarys (30 à 37 euros)».

«Le réseau, c’est comme ça: il y a une agence ici à Madagascar qui est en relation avec une agence, disons en Arabie Saoudite. Donc le gain se partage entre ces deux agences-là. C’est du trafic de personnes pur et simple, c’est de la traite», explique M. Samuelson Ramanitriniony, directeur général du ministère du Travail.

Des employés du ministère sont complices, et certains possédaient même de telles agences, reconnaît-il.

Dans un pays où plus de neuf habitants sur dix vivent sous le seuil de pauvreté, les autorités ont du mal à enrayer ce trafic juteux.

Une famille dans le Golfe débourse environ 2.500 euros pour embaucher une domestique, qui ne touchera qu’un salaire d’environ 150 euros, et l’agence de placement malgache peut toucher jusqu’à 1.400 euros de commission, selon Norotiana Jeannoda, présidente du Syndicat professionnel des travailleurs diplômés en travail social (SPDTS).

«On peut estimer que les travailleurs domestiques en situation de travail forcé reçoivent en moyenne 40% du salaire qu’ils devraient recevoir», relève Hans von Rohland, de l’OIT.

«Les ménages privés qui emploient des travailleurs domestiques dans des conditions de travail forcé économisent annuellement environ 8 milliards de dollars en ne payant pas ou pas assez leurs travailleurs.»

L’Arabie saoudite a adopté l’an dernier de nouvelles règles pour protéger les domestiques, leur accordant un jour de congé hebdomadaire et garantissant le paiement de leur salaire.

Chaque semaine, de 20 à 30 domestiques reviennent à Madagascar, certaines sans bagages. Elles arrivent en général à rentrer au pays après un passage en prison, car elles sont arrêtées après s’être enfuies des maisons qui les employaient, raconte Mme Jeannoda.

Au moins 35 femmes sont mortes dans des circonstances suspectes, selon elle. Même s’il n’y a aucun chiffre officiel du nombre des victimes.

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