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OIT: 40 millions d'esclaves dans le monde

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Accueil > L'actualité > Revue de presse > 4 mars 2014

Les derniers négriers.  En Mauritanie, des milliers d'hommes et de femmes à la peau noire sont toujours traités comme des marchandises. Voyage au cœur de l'un des derniers pays où l'on naît esclave.
Il existe un pays où des êtres humains naissent pour une seule raison : servir leurs maîtres. Comme leurs parents avant eux. Et comme leurs futurs enfants, qui leur seront arrachés en bas âge pour être donnés en héritage ou en cadeau de noces.
Chada Mint M'Beyrick a des enfants, mais n'a jamais été mère. Elle a été une machine reproductrice. Elle est née il y a trois ou quatre décennies, quelque part entre les dunes du Sahara. Dans cette vaste région désertique aux confins de la Mauritanie, du Mali, de l'Algérie et du Sahara-Occidental, les frontières sont aussi floues que l'âge des hommes. D'aussi loin qu'elle se souvienne, Chada a toujours travaillé. Petite fille, elle gardait des chèvres. Plus tard, des chameaux, qu'elle amenait paître sous un soleil aride. C'était un travail éreintant. Quand elle a eu sa première fille, Teslem, elle ne s'est pas arrêtée. Elle la portait sur son dos, de l'aube au crépuscule.
Un jour, le maître de Chada est venu chercher Teslem pour l'offrir à son fils. La fillette devait avoir 4 ans, tout au plus. Chada n'a pas protesté. Dans son univers étriqué, cela semblait être dans l'ordre des choses. Puis, Chada a eu une deuxième fille, M'Barka. Le maître l'a donnée en cadeau à sa sœur. "Il a récupéré mes enfants comme ça, un à un, pour les distribuer aux membres de sa famille. Il ne m'a pas demandé mon avis." Il n'avait pas à le faire. Au fil des ans, Chada en a donné neuf à son maître. Neuf petits esclaves, comme elle. Esclaves d'aujourd'hui.
Aux yeux de son maître, Chada était une marchandise. Elle était née pour le servir, comme ses enfants, comme sa mère avant elle. Cet esclavage héréditaire semble d'un autre âge, mais se pratique toujours, ici. Largement. La Mauritanie se situe en tête des pays esclavagistes, selon un classement de la fondation australienne Walk Free. Nulle part ailleurs une aussi large proportion de la population n'est-elle réduite en esclavage : 4 % des Mauritaniens sont asservis, soit 150 000 des 3,8 millions d'habitants du pays. Ces esclaves des temps modernes sont, pour la plupart, éparpillés dans le désert. Ils n'ont pas droit à l'école, aux terres, à l'héritage. Ils ne peuvent ni se marier ni divorcer sans la (rare) permission de leur maître. Ils sont totalement dépendants. Et soumis.
La nuit tombée sur le désert, Chada se recroquevillait sous des loques, blottie contre l'enfant qui ne lui avait pas encore été arraché, pendant que son maître s'installait avec sa famille sous une large tente bien dressée. Parfois, l'enfant s'approchait de la tente. Le maître le chassait en le traitant de "petit chacal". Chada et les siens ne se sont jamais réunis sous une tente pour partager un repas. "Ce n'est jamais arrivé. Jamais. Je croyais que les fêtes, c'était pour les maîtres. Et je croyais que ma vie était normale. Je n'avais rien connu d'autre."
Les enfants de Chada ont, pour la plupart, hérité de sa peau d'ébène. Mais quelques-uns ont le teint beaucoup plus clair. Bien malgré eux, ces enfants mulâtres lui rappellent sans cesse les viols que son maître lui a fait subir, année après année. En Mauritanie, la couleur de la peau distingue dans une large mesure le maître de l'esclave. Les premiers sont maures, d'origine arabo-berbère, et forment l'élite du pays. Les seconds sont haratines, descendants des Noirs africains qui vivaient le long du fleuve Sénégal avant d'être capturés et asservis, il y a des siècles, par les envahisseurs maures. Quand on interroge Chada sur le père de ses enfants, elle se mure dans le silence. "On ne pose jamais cette question", me sermonnera plus tard Hamady Lehbouss, porte-parole de l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), groupe militant.
"L'esclave n'a pas de père. Souvent, c'est le maître, ou alors, c'est un homme de passage." L'important, c'est que l'esclave soit engrossée, explique Salimata Lam, coordonnatrice nationale de l'organisme SOS esclaves ! "Le maître a besoin des enfants. C'est sa main-d'œuvre." Alors, il traite son esclave comme du bétail. "Mon maître me disait que je n'avais pas d'âme. Me tuer, c'était comme tuer un animal", raconte Chada.
Il y a dix ans, son frère Matala a disparu sans laisser de traces. Chada s'est inquiétée auprès de son maître de ne plus jamais l'apercevoir au campement. Le maître lui a répondu que son frère était mort, sans plus d'explications. "Il m'a seulement dit : 'Pourquoi me parles-tu d'un esclave qui n'existe plus ?'" Mais Matala n'était pas mort. Il avait fui.
Lire la suite de l'article sur le site de Courrier International

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