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Accueil > L'actualité > Revue de presse > 18 fevrier 2014

Qatar: l'esclavage des travailleurs étrangers continue

Près d'un millier d'Indiens et de Népalais sont morts, en deux ans, dans les chantiers de la Coupe du monde de football, au Qatar. Alors que le comité suprême du pays a récemment annoncé de nouvelles «normes » pour les travailleurs immigrés, les ONG restent dubitatives. Selon elles, si le gouvernement qatari ne réforme pas sa législation (le système Kafala), il prend le risque de perdre l'organisation du Mondial 2022. 
Par Laura Mousset
« Le Qatar est une prison à ciel ouvert ». C’est ainsi que l’ambassadrice du Népal au Qatar qualifie la condition de travail des ouvriers népalais travaillant sur le chantier du Mondial de football 2022. En effet, les travailleurs indiens et népalais, majoritaires dans le pays, sont en proie à des traitements« inacceptables » depuis deux ans, selon Tim Noonan, directeur de campagne et de communication de la Confédération syndicale internationale (Ituc). Très souvent, le gouvernement qatari promet l’Eldorado à ces immigrés. Mais lorsqu’ils arrivent, ils sont vite rattrapés par la réalité : paiement de charges très élevées pour l’inscription, confiscation du passeport, interdiction de former des syndicats, journées de travail interminables, et conditions d’hygiène et d’hébergement médiocres. Une situation qui découle de la "Kafala" présente dans tous les pays du Golfe.« C’est un système qui fait du travailleur, la propriété du patron. Il ne peut plus quitter le pays sans que le patron signe un visa de sortie, il ne peut pas changer de travail non plus », explique Tim Noonan.
.Esclavage des temps modernes
Selon un rapport du comité de coordination népalais Pravasi, plus de 400 migrants népalais sont morts en deux ans sur les chantiers du Mondial de football 2022. Près de 500 immigrés indiens ont péri d'après l'AFP. En cause, les conditions extrêmes de leur travail. En septembre 2013, un reportage du journal britannique Le Guardian révèle la mort de 44 ouvriers népalais, sur la période du 4 juin au 8 août dernier. Pourtant, le pays « possède les moyens d’assurer un traitement digne aux travailleurs mais il ne le fait pas» affirme Tim Noonan. Le directeur de campagne et communication de la Confédération syndicale internationale n’hésite pas à parler d’ « esclavage moderne »en précisant : « Nous utilisons très rarement le mot "esclave" mais cela s'applique au cas du Qatar ». Nathalys Martin, juriste chez Amnesty International rejoint la position de l’Ituc :« Nous nous référons à la convention n°29 de l'Organisation International du Travail (OIT). Elle donne une définition du travail forcé dans laquelle on trouve la situation d'esclavage. L'utilisation de la menace de sanction comme le fait le Qatar est un élément de la définition».
Statu quo côté qatari ?
Amnesty International, Human Right Watch, la Fondation Internationale de Droits de l’Homme (FIDH) et la Fondation syndicale internationale ont toutes tenté de dialoguer avec les autorités qataries. Des tentatives qui sont restées vaines pour la plupart des associations. Tim Noonan confirme ce constat : « Nous essayons de lancer un dialogue avec les autorités là-bas depuis trois ans mais sans résultat. Ils ne veulent pas rentrer dans des discussions sérieuses avec nous ». Amnesty International de son côté a « organisé près de 14 rencontres avec le gouvernement qatari avant de leur transmettre nos conclusions. Même s’il n'a pas nié ces constatations, sa réponse n'a pas été claire. Il existe bien une législation protégeant les travailleurs, mais elle n'est pas respectée ». Malgré les récentes annonces faites par le comité suprême du Qatar, les nouvelles "normes" ne convainquent pas grand monde. En effet, elles prévoient une amélioration du "bien-être" des travailleurs, c’est-à-dire des conditions de vie comme la réduction du nombre de personnes dans les dortoirs mais « il n’y a pas de changement de loi prévu », regrette Tim Noonan. D’autant plus que ces normes ne doivent s’appliquer qu’à une toute petite partie des travailleurs étrangers, notamment ceux qui construisent les stades. Le Qatar, pour le moment, n’est pas prêt à bouleverser sa législation. Alors comment faire ? Si officiellement la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) ne compte pas renoncer à la Coupe du monde au Qatar, certains « hauts responsables de la Fifa ont évoqué un possible revote en 2015. Nous sommes convaincus que si la Fifa demande au Qatar d’abolir la Kafala pour garder le mondial 2022, ils le feront» confie Tim Noonan. Un ultimatum de la FIFA serait peut-être la solution ? Pour d’autres, comme Nathalys Martin, « la lumière mise sur le Qatar lors de cette Coupe de monde peut aussi représenter une occasion pour le pays de réformer sa législation ». La FIFA possède donc elle aussi une lourde responsabilité dans le choix du pays. Elle pourrait influer sur la situation si le Qatar va trop loin dans le non respect des conditions de travail des étrangers.

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