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Accueil > L'actualité > Revue de presse > 24 novembre 2013

INTERVIEW - Alors que les suspects arrêtés dans l'affaire d'esclavage à Londres sont d'origine indienne et tanzanienne selon les dernières avancées de l'enquête, la présidente du Comité contre l'esclavage moderne (CCEM), Sylvie O'Dy, évoque le sort des esclaves domestiques en France, qui sortent rarement de leur silence.

LE FIGARO - L'affaire des trois femmes séquestrées de Londres vous surprend-elle?Quarante-huit heures après la découverte de trois cas d'esclavage à Londres, l'enquête avance. L'homme et la femme arrêtés jeudi et accusés d'avoir retenu contre leur gré trois femmes pendant plus de trente ans sont d'origine indienne et tanzanienne. Agés de 67 ans, «ils sont arrivés au Royaume-Uni dans les années 60», a indiqué samedi Scotland Yard, ajoutant que victimes et suspects ont vraisemblablement vécus ensemble dans une «communauté». «Nous pensons que deux des victimes ont rencontré le suspect masculin à Londres via une idéologie politique partagée et qu'ils ont vécu ensemble à une adresse qui pourrait effectivement être décrite comme ‘une communauté'», a précisé la police. Alors que l'Angleterre n'avait jamais connu de cas d'esclavage d'une telle ampleur, la présidente du Comité contre l'esclavage moderne (CCEM), Sylvie O'Dy, fait le point sur la situation en France.

LE FIGARO - L'affaire des trois femmes séquestrées de Londres vous surprend-elle?

Elle est exceptionnelle par sa durée, puisqu'on parle d'une trentaine d'années d'enfermement. En France, les victimes d'esclavage le sont généralement entre deux et cinq ans, même si nous avons déjà aidé des personnes asservies pendant plus de dix ans.

Malheureusement, la nature de leur séquestration me surprend moins. Travail forcé, agressions sexuelles, violences physiques répétées, nous entendons des histoires similaires régulièrement. Entre 6 000 et 10 000 personnes seraient victimes d'exploitation sexuelle en France.

• À quoi ressemble l'esclavage domestique en France aujourd'hui?

Les esclaves domestiques travaillent et vivent chez leur exploiteur. Des journées de 18 heures de travail, parfois, à laver du linge à la main pour économiser l'électricité, à nettoyer le même sol plusieurs fois par jour, à s'occuper des enfants... Sans parler des cas d'exploitation sexuelle. Epuisées par leur travail, souvent mal nourries, les victimes de servitude logent généralement dans des conditions indignes. Nous avons rencontré des jeunes filles qui dormaient sur le balcon de leur exploiteur, par terre dans la cuisine ou recroquevillées dans un placard.

• Quel est le profil des victimes?

90% des personnes suivies par le CCEM sont des femmes, dont 30% de mineures ( exploitées quand elles étaient mineures NDLR) . En 2010, 82% des victimes étaient d'origine africaine, notamment d'Afrique de l'ouest. Il y a aussi des femmes plus âgées venues des Philippines, du Sri-Lanka et d'Indonésie, qui sont attirées par la promesse, évidemment non tenue, de gagner assez d'argent pour aider leurs enfants.

Au départ, ce sont toujours des gens vulnérables financièrement. À cela s'ajoute une faiblesse psychologique, l'isolement linguistique et l'absence de papiers d'identité. Les exploiteurs en profitent pour manipuler leurs victimes, qui connaissent mal la loi et sont souvent terrorisées à l'idée de croiser un policier.

• Quand décident-elles de dire stop?

Il faut un déclic: un geste particulièrement violent, une tentative de viol par exemple. Les esclaves mettent fin à leur calvaire le jour où elles réalisent que leur vie est en danger.

• À Londres, la police britannique dit avoir du mal à reconstituer les faits. Cela vous surprend-il?

Non, les victimes ont toujours beaucoup de mal à mettre des mots sur ce qu'elles ont vécu. Elles sont tétanisées de peur. Raconter leurs souffrances, c'est comme les revivre. Il nous faut parfois six mois de dialogue pour qu'une victime parle enfin librement. C'est particulièrement long quand il y a eu agression sexuelle. Les victimes n'en parlent souvent qu'après une dizaine de rendez-vous chez nous.

• La situation tend-elle à s'améliorer en France?

Il y a quelques signes encourageants. Le 5 août dernier, la France a introduit la notion de servitude dans le Code pénal. La police et à la justice peuvent désormais nommer clairement les cas d'esclavage, qu'on réduisait trop souvent à du travail dissimulé ou à des séjours clandestins.

Mais la crise empêche que la situation s'améliore nettement. Nous accompagnons actuellement une centaine de personnes et suivons environ 80 affaires en justice, autant que les années précédentes.Je m'inquiète aussi du nombre croissant d'esclaves masculins, forcés de travailler dans des petits entreprises du bâtiment par exemple. Je crains que ce nouveau phénomène prenne davantage d'ampleur ces prochaines années.

Propos recueillis par Charles Henry Groult ( voir l'article sur le site du Figaro

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